La malédiction du moyeu a encore frappé. J’étais à seulement quelques kilomètres de Saint-Quentin, où je devais passer quelques jours chez des abonnés. C’était une étape importante pour moi, car c’était la première fois depuis mon départ que j’allais être accueilli chez des personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux.
Avant d’arriver, j’avais rencontré plusieurs problèmes électriques. Après avoir cherché pendant un moment, j’étais finalement parvenu à les résoudre.
Je pensais pouvoir reprendre la route tranquillement.
J’ai redémarré et, à peine cinq mètres plus loin, mon troisième pignon s’est plié. Quelques instants auparavant, j’avais franchi une montée assez importante. À cause de mes problèmes électriques, je n’avais plus d’assistance et j’avais dû fournir énormément d’efforts pour faire avancer le vélo. Le pignon avait probablement été fragilisé pendant cette montée. Lorsque j’ai redémarré, il a complètement lâché.
Une nouvelle fois, le vélo était immobilisé. J’étais un peu désemparé. Je me trouvais près d’une forêt et je commençais à envisager d’y passer la nuit. Mais la situation devenait compliquée et je savais que je ne pourrais pas réparer correctement le vélo sur place.
J’ai alors prévenu les personnes chez qui je devais me rendre. Elles m’ont immédiatement proposé de venir m’aider, tout en restant prudentes : elles ne savaient pas encore ce qu’elles pourraient faire, mais elles savaient que j'avais un pignon neuf d’avance. Ce pignon n’avait malheureusement pas les bonnes dimensions, mais elles pourraient peut-être déjà me permettre de le découper à la disqueuse pour essayer de l’adapter.
Je savais malgré tout que même si nous réussissions à monter ce nouveau pignon, il risquait de ne pas tenir longtemps. À chaque nouvelle casse, les filetages du moyeu s’abîmaient davantage. Moins les vis tenaient correctement, plus le pignon risquait de bouger et de se déformer à nouveau.
Puis ils m’ont dit qu’ils connaissaient un dépanneur qui pourrait peut-être venir chercher le vélo. Dans mon esprit, l’objectif était simplement d’être transporté jusqu’au camping de Saint-Quentin. Cela m’aurait au moins permis d’être en sécurité et de chercher une solution dans de meilleures conditions.
Mais ils m’ont proposé quelque chose d’encore mieux : venir directement chez eux. Ils ont appelé Pélo, un dépanneur qui a accepté de transporter gratuitement mon vélo. Un immense merci à lui pour cette prestation offerte et pour m’avoir permis de rejoindre mes hôtes malgré la panne.
Je pensais simplement trouver un endroit où me mettre à l’abri le temps de réparer. J’ai finalement vécu quatre journées extraordinaires auprès d’une famille adorable.
J’ai fait la connaissance de Margaux, Kenny et de leurs enfants, Léonie et Marceau. Pendant toute la durée de mon séjour, ils se sont mobilisés pour m’aider à trouver une solution. Le vélo étant complètement immobilisé, Margo m’a conduit en voiture dans les différentes entreprises susceptibles de réparer ou de renforcer mon pignon.
Nous nous sommes d’abord rendus chez A3S Mécanique, à Gauchy. Anna et Christelle ont accepté de travailler sur la pièce afin de la solidifier en ajoutant de la matière, là encore elles ont décidé de m'offrir la solidification du pignon.
Ensuite Nous sommes ensuite allés chez Soissons Réfection, une entreprise spécialisée dans la réfection de boîtes de vitesses automobiles, dans l'entreprise de Jean-Baptiste et son père.
Le filetage de mon moyeu était devenu trop abîmé pour maintenir correctement le pignon avec le montage d’origine. Jean-Baptiste a donc percé de nouveaux trous afin d’y placer des inserts. Il a ensuite installé des boulons bien plus costauds que ceux que j’utilisais précédemment.
Comme les boulons dépassaient légèrement et gênaient le fonctionnement du moyeu, ils ont même été meulés pour que l’ensemble puisse tourner correctement. Cette réparation n’a plus grand-chose à voir avec les montages provisoires que j’avais utilisés jusque-là. Le système semble beaucoup plus solide et inspire davantage confiance.
Au moment où j’écris cet article, j’ai parcouru environ 80 kilomètres depuis la réparation, sans constater le moindre signe de faiblesse. J’ai même franchi une montée assez longue à plus de 5 %. Elle devait mesurer un peu moins d’un kilomètre et, malgré les efforts imposés au vélo, je n’ai ressenti aucune fragilité particulière.
Pour la première fois depuis plusieurs semaines, je commence donc à retrouver un peu de confiance dans ce montage.
Je tiens à remercier sincèrement les deux entreprises qui ont accepté de m’aider : Anna et Christelle chez A3S Mécanique, ainsi que Jean-Baptiste chez Soissons Réfection. Ils ont pris le temps d’écouter mon problème, de comprendre le fonctionnement d’une pièce très particulière et de chercher une solution adaptée.
Mais cette escale à Saint-Quentin ne se résume pas à une réparation mécanique.
Pendant quatre jours, j’ai découvert une famille vraiment incroyable. Des personnes profondément généreuses, bienveillantes et prêtes à consacrer du temps et de l’énergie à quelqu’un qu’elles n’avaient encore jamais rencontré autrement qu’à travers un écran.
Margaux m’a accompagné partout pendant que mon vélo était immobilisé. Sans elle, il m’aurait été pratiquement impossible de me rendre dans les différentes entreprises et de transporter les pièces.
Grâce à cette famille, je me suis senti en sécurité. J’ai pu souffler, réfléchir et chercher des solutions sans devoir gérer en même temps la question de savoir où dormir ou comment déplacer mon vélo.
J’ai également partagé de très bons moments avec les enfants. Ils sont adorables et la petite Léonie m’a même offert des dessins. Cela peut sembler être un petit geste, mais il m’a énormément touché.
Cette parenthèse m’a aussi fait repenser à mes neveux.
Je suis toujours un peu triste lorsque je pense à eux parce qu’ils me manquent terriblement. Partir aussi longtemps implique de s’éloigner des personnes que l’on aime et de manquer une partie de leur quotidien.
Mais j’essaie de ne jamais oublier pourquoi je fais tout cela.
Le nouveau Mickaël pourra certainement vivre plus longtemps et partager beaucoup plus de moments avec eux dans le futur. Je me bats pour transformer ma vie, retrouver ma santé et pouvoir être présent auprès de ceux que j’aime pendant encore de nombreuses années.
Alors, même lorsque leur absence me fait mal, je sais que je ne me bats pas pour rien. Cette escale m’a permis d’être en sécurité, de me sentir bien et de reprendre la route avec davantage de sérénité.
Elle m’a surtout permis de découvrir la générosité du Nord. Et je vous assure que ce n’est pas une légende.
