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Ma carte de triche

Ma carte de triche
Hier soir, c’était ma dernière soirée ma cousine.

Nous sommes arrivés assez tôt au camping et nous aurions pu espérer profiter d’un dernier bon moment ensemble. Malheureusement, notre emplacement n’avait quasiment aucune ombre. Avec la chaleur, il était difficilement supportable. Le sol était également rempli de chardons, ce qui nous empêchait même de nous asseoir tranquillement par terre.

La suite de mon itinéraire était compliquée à organiser et j’ai dû passer plusieurs heures à travailler dessus. J’étais tellement épuisé par la chaleur et la fatigue que j’ai eu des vertiges à plusieurs reprises.

Cette dernière soirée n’a donc pas vraiment ressemblé à celle que j’aurais aimé partager avec elle.

Mais elle m’a surtout permis de mesurer l’importance que ma eue pendant ces quinze premiers jours.

Sa présence a d’abord été essentielle sur le plan technique. Lorsque le pignon de mon moyeu s’est cassé, c’est elle qui a pris son vélo pour aller dans les différents magasins chercher des pièces, des outils et des solutions. Sans elle, j’aurais été obligé de faire tous ces déplacements à pied ou en stop.

Cet incident nous a immobilisés pendant trois jours. Sans son aide, il aurait probablement duré une semaine, peut-être davantage, sans compter tout le stress supplémentaire que cela aurait provoqué.

Mais son rôle est allé bien au-delà de cette aide matérielle.

Elle m’a soulagé d’une immense partie de la charge mentale. Elle veillait à ce que je mange correctement. Elle m’aidait pour le linge, les courses et toutes ces petites tâches du quotidien qui semblent insignifiantes, mais qui deviennent très lourdes lorsqu’on est épuisé physiquement et émotionnellement.

Elle savait que ce début de voyage pouvait être difficile pour moi. Et il l’a été.

Elle a même organisé la visite surprise de mon frère, de sa femme et de mes neveux. Les revoir m’a complètement rechargé. Elle trouvait aussi régulièrement de petites choses pour me faire plaisir : des jeux de société, des moments de partage et surtout beaucoup de rigolades.

Je savais que le projet dans lequel je me lançais serait extrêmement difficile. Mais je pensais que les véritables difficultés arriveraient plus tard.

Je ne m’attendais pas à devoir en affronter autant au cours des quinze premiers jours. Et je vais être totalement honnête : si ma cousine n’avait pas été là, la probabilité que j’abandonne aurait été beaucoup plus importante.

On dit souvent que les échecs nous rendent plus forts.

Aujourd’hui, je me sens effectivement plus serein face à la mécanique de mon vélo. Je comprends mieux le fonctionnement de mon moyeu et de mes freins. Ce sont des sujets qui m’ont toujours fait peur et sur lesquels j’ai longtemps fait un véritable blocage.

Pourtant, lorsque j’étais enfant, j’aimais accompagner mon père lorsqu’il bricolait sur des voitures ou faisait des vidanges. En grandissant, je me suis éloigné de cet univers, au point de rejeter presque complètement la mécanique.

Cette panne m’a obligé à mettre les mains dedans. Elle m’a forcé à démonter, comprendre, chercher et réparer. Je ne prétends pas être devenu mécanicien en trois jours, mais je sais désormais que si un nouveau problème survient, j’aurai moins peur de l’affronter.

Alors oui, cet échec m’a permis d’acquérir des connaissances et de gagner un peu en sérénité. Mais sur le moment, sans ma cousine, je ne donnais pas cher de ma peau.

Dans mon précédent article, je disais que ma cousine était un peu ma « carte de triche » pour ce début de voyage. Je crois que je ne mesurais pas encore à quel point cette expression était juste.

Désormais, je vais devoir continuer sans elle. Gérer seul les imprévus, les déplacements, les repas, le linge, l’itinéraire, les réparations, la fatigue et les moments de doute.

Son départ marque donc le véritable début de mon aventure en solitaire.

Alors, chère cousine, si tu passes par ici et que tu lis ces quelques lignes, sache que je suis extrêmement heureux d’avoir partagé le début de ce voyage avec toi.

Merci pour tous les kilomètres parcourus ensemble. Merci pour toutes les démarches, tous les services et toutes les solutions trouvées. Merci pour les surprises, les parties de jeux, les rires et tous les moments où tu m’as aidé à tenir sans forcément t’en rendre compte.

Je suis profondément reconnaissant pour tout ce que tu as fait pour moi.

Je t’aime fort.