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La Belgique restera gravée dans ma mémoire.

La Belgique restera gravée dans ma mémoire.

C’était le premier pays étranger de mon expédition. La première frontière. La première fois depuis mon départ que je quittais vraiment la France pour découvrir un autre pays, une autre culture, d’autres habitudes.

Mais ce passage en Belgique aura aussi été particulièrement éprouvant. Les problèmes techniques se sont multipliés : crevaisons, problèmes électriques, réparations improvisées… À force de devoir constamment chercher des solutions pour pouvoir simplement continuer à avancer, la fatigue s’est accumulée. Physiquement, bien sûr, mais surtout mentalement.

Heureusement, face à toutes ces difficultés, j’ai découvert quelque chose qui allait complètement transformer mon souvenir de la Belgique : les Belges.

Je traversais une frontière, mais certainement pas celle de la gentillesse.

Dès mon premier jour, j’ai commencé à faire des rencontres. Et évidemment, il fallait bien commencer cette découverte du pays par l’une de ses institutions : les fameuses frites belges.

Épaisses, croustillantes… exactement comme je les imaginais.

Puis je suis arrivé à Mons.

J’ai découvert une ville qui accorde une place incroyable à l’art. Des photographies, des œuvres un peu partout, des façades transformées par le street art… Il suffit parfois de lever les yeux pour découvrir quelque chose de nouveau.

Et puis, évidemment, j’ai rencontré le fameux singe de Mons.

La légende raconte que lui caresser la tête de la main gauche porte bonheur. Petit problème : au moment où je l’ai fait, personne ne m’avait précisé que le choix de la main avait son importance.

Aujourd’hui, impossible de me souvenir de celle que j’ai utilisée.

Mais quand je repense à toutes les galères mécaniques qui ont suivi, j’ai quand même quelques soupçons sur ma main droite…

Heureusement, si le singe ne m’a peut-être pas apporté toute la chance espérée avec mon vélo, il m’en a apporté énormément dans mes rencontres.

À Mons, plusieurs personnes ont pris le temps de me faire découvrir leur ville et de m’en raconter les histoires. J’ai notamment découvert celle, assez improbable, de sa nouvelle gare, attendue pendant des années et dont la forme évoque une immense libellule.

On m’a même raconté une histoire assez amusante autour de sa conception : le symbole de Mons étant le dragon, une confusion autour du mot anglais dragonfly, qui signifie « libellule », aurait participé à cette étrange association.

Vraie histoire ou jolie légende urbaine, j’avoue qu’elle m’a beaucoup amusé.

La route m’a ensuite conduit vers Charleroi.

Et là, une autre étape symbolique de mon voyage m’attendait : mon premier article dans la presse belge, dans la Gazette de Charleroi.

Voir mon aventure racontée dans un journal d’un pays que je venais tout juste de rejoindre avait quelque chose d’assez irréel. Mon histoire commençait elle aussi à voyager au-delà des frontières.

Mais pendant que l’aventure avançait, mon vélo avait décidé de me rappeler qu’un voyage de 10 000 kilomètres ne serait certainement pas un long fleuve tranquille.

La pluie s’est invitée. Les problèmes techniques également. Les crevaisons se sont succédé et mes soucis électriques ont commencé à prendre de plus en plus de place.

Curieusement, beaucoup de mes plus beaux souvenirs belges sont nés précisément de ces difficultés.

À chaque fois que le vélo me mettait dans une situation compliquée, quelqu’un semblait apparaître sur ma route.

Des personnes se sont arrêtées. Certaines m’ont aidé à réparer, d’autres m’ont accompagné, conseillé, accueilli ou simplement encouragé.

Des visages que je ne connaissais pas quelques minutes auparavant devenaient soudainement une partie de mon voyage.

Puis je suis arrivé à Namur.

Après les kilomètres, les problèmes mécaniques et la pluie, j’avais envie de prendre le temps de découvrir la ville.

J’ai visité les souterrains de la citadelle, pris le téléphérique pour rejoindre les hauteurs et admirer la ville. J’ai même pris le petit train touristique.

Et ce petit train a réveillé un souvenir auquel je ne m’attendais absolument pas.

Quand j’étais enfant, ma grand-mère m’emmenait prendre le petit train à Nantes. Pendant quelques instants, au sommet de la citadelle de Namur, je ne voyais donc plus seulement une attraction touristique. Je retrouvais un petit morceau de mon enfance.

C’est aussi cela, ce voyage : partir très loin pour, parfois, retrouver quelque chose de très proche.

Je suis évidemment allé voir l’immense tortue qui domine Namur et j’en ai profité pour faire une photo assez improbable avec elle.

Puis il a fallu repartir.

Direction Liège.

Les problèmes électriques continuaient, les bricolages aussi, mais la Cagouille avançait toujours.

Et à Liège, une mission particulièrement importante m’attendait : goûter enfin les spécialités dont j’entendais parler depuis mon arrivée.

Les fameux boulets à la liégeoise, avec cette sauce au sirop de Liège, souvent appelée sauce lapin. Et bien sûr, les gaufres liégeoises que j’attendais avec impatience.

Autant dire que la Belgique aura également été une très belle étape gastronomique.

Pour continuer vers le nord, j’ai ensuite essayé de suivre autant que possible les canaux et les cours d’eau. Avec un vélo aussi lourd que le mien, le relief est un adversaire qu’il vaut mieux éviter lorsqu’on le peut.

Kilomètre après kilomètre, je me rapprochais déjà de la frontière suivante.

Et au moment de quitter la Belgique, je me suis rendu compte à quel point ces quelques jours m’avaient marqué.

La Belgique m’a mis à rude épreuve. L’accumulation des pannes, des problèmes électriques, des crevaisons, de la pluie et des réparations improvisées m’avait réellement épuisé. Il y a eu des moments où cette succession de difficultés devenait pesante et où il fallait malgré tout trouver l’énergie de repartir.

Mais lorsque je repense aujourd’hui à mon passage en Belgique, ce n’est pas cette fatigue qui domine mes souvenirs.

Ce sont les gens.

Tous ces visages. Toutes ces personnes croisées parfois pendant quelques minutes, parfois pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. Ceux qui se sont intéressés à mon histoire, ceux qui ont voulu comprendre mon projet et ceux qui m’ont tendu la main sans rien attendre en retour.

Ils m’ont aidé. Ils m’ont accompagné. Ils m’ont accueilli. Ils m’ont encouragé.

Et ils ont transformé des journées qui auraient pu devenir de mauvais souvenirs en moments que je n’oublierai probablement jamais.

Mon premier pays étranger m’a épuisé, parfois malmené, mais il m’a surtout donné envie de découvrir tous les suivants.

Lorsque j’ai franchi la frontière pour quitter la Belgique, j’étais fatigué. Vraiment fatigué.

Mais je repartais aussi avec des dizaines de souvenirs, des rencontres incroyables, beaucoup de belles images et la confirmation d’une chose que ce voyage ne cesse de m’apprendre :

On peut partir seul sur la route sans jamais vraiment voyager seul.

Alors à toutes les personnes que j’ai croisées en Belgique, à celles qui m’ont aidé, accueilli, accompagné, conseillé ou simplement adressé quelques mots d’encouragement : merci.

La Belgique, c’est certain, je ne vous oublierai jamais.